Sœur Anne-Madeleine Rémuzat

Nous allons re-découvrir cette âme de feu qu’est sœur Anne-Madeleine Rémuzat. Comment la présenter brièvement ? Mais comme une religieuse visitandine du XVIIIème siècle. Une jeune femme qui meurt le 15 février 1730, à 33 ans, puisqu’elle est née à Marseille le samedi 29 novembre 1696 et baptisée le même jour à l’église des Accoules. Elle passe toute sa vie à Marseille, que ce soit en famille ou dans les deux monastères de la ville. Comment la connaissons-nous ? Par ses deux portraits et quelques images ; l’empreinte prise sur son visage le lendemain de sa mort, et le visage en cire qui en a été tiré ; la relique de son cœur !

Par des documents : La lettre de Mère Nogaret lors de son décès en 1730. Une lettre de Mgr de Belsunce du 10 mai 1732 en réponse à la Mère de Gréard de Rouen. Une lettre de sœur Angélique Vincent, qui l’a bien connue et l’a accompagné jusqu’à sa mort, du 17 septembre 1730. Par un ouvrage biographique du Père Pierre Jacques, jésuite, de 1760, mais qui mettra 30 ans à écrire sa vie. Mais aussi : Une vie de Mère Marie-Rose Bodin de 1868. Celle de Mgr Van der Berghe de 1877. La grande vie de sœur Agnès Chevallier de 189.Trois notices du Chanoine Albanès, sur la naissance, sa vie, sa mort en 1890. Une vie plus actuelle de Marie Gasquet de 1935. L’ouvrage écrit par Mgr Jean-Pierre, Norbert Ellul, pour la postulation en 2015. La bande dessinée de Cyril Mallet-Pascaud et Jean-Pierre Ellul réalisée en 2019 et qui vient d’avoir le prix du Docteur Toinon, de l’Académie de Marseille en 2021.C’est vrai que le manque d’archives et surtout les écrits de sœur Rémuzat, brûlés à Marseille dans les années 1792 pendant la Révolution Française, font cruellement défaut. Il n’en reste rien, sinon deux ou trois lettres retrouvées, écrite à son frère François. Mais l’essentiel est de la connaître, avec ou sans archives ; mais et surtout c’est sa vie donnée au Seigneur qui importe. Elle fut dans la Marseille de son temps, une femme écoutée et suivie, recherchée pour ses conseils spirituels, vivant dans une étroite union avec le Christ Jésus, qui de toute jeune, lui demande une consécration totale en l’invitant à devenir « la victime de son cœur ». Jésus veut qu’elle lui soit fidèle, qu’elle soit sa messagère et va se montrer à elle de nombreuses fois. Il y a entre lui et elle, une étroite vie de connivences spirituelles et sœur Rémuzat prendra sur elle, comme Jésus le lui demande, les péchés de ceux qu’il lui désigne pour prier pour eux et leur conversion.

Rien de semble paraitre au dehors, car elle mène sa vie de visitandine comme cela se vivait en son siècle. Pourtant toute jeune elle veut devenir religieuse ! Ses parents la placent au 2ème monastère de la Visitation, rue Bernard du Bois, entre la Porte d’Aix et la gare St Charles actuelle. Elle y fait ses premières études : Jésus l’interpelle, lui demande de l’aider dans son ministère auprès des pécheurs, et accepte d’être en étroite relation avec lui. Commence alors pour elle, une période de pénitence, de prières et surtout d’écoute de ce que Jésus lui communique. Première communion et confirmation vers l’âge de 8 ans et la vie continue pour celle qui va vivre une passion d’amour. Mais une demande de changement de confesseur, va l’éloigner du couvent et la faire retourner près de deux années dans sa famille. Sur les conseils de son directeur spirituel, le Père François Milley et la permission de Mgr de Belsunce, elle entre au couvent des Grandes Maries, le 2 octobre 1711, qui se situait alors près de la Vieille Charité. Dieu à de grands dessins sur elle. Vœux le 23 janvier 1713 : elle prend le nom de sœur Anne-Madeleine Rémuzat.

17 octobre 1713 : Jésus lui fait connaître ce qu’il attend d’elle. Nous n’avons plus sa lettre du 14e octobre 1721 à son nouveau directeur, car le Père Milley est mort de la peste quelques mois plus tôt. Elle écrit : « Jésus-Christ me fit connaître d’une manière particulière et extraordinaire ses dessins sur moi, touchant la gloire de son cœur. »

Elle va rechercher la perfection, dans une obéissance aveugle ; sa conduite intérieure était toute tournée vers Dieu ; parfaite obéissance à son évêque et à ses supérieures ; un état intérieur dont elle ne se vantait pas, mais que l’on percevait, malgré des doutes et des attaques de l’esprit du Mal qui va essayer de la détourner de la voie étroite.

Mais c’est Dieu qu’elle recherche et non ses récompenses : « Je ne veux point lui déplaire, je veux faire sa volonté ». Elle va demander de ne plus recevoir de visites au parloir ; cela lui sera accordé pour qu’elle puisse avoir plus de temps pour la méditation et l’adoration eucharistique ; mais pourtant elle doit obéir et y retourner, car des marseillais réclament ses conseils spirituels. On lui écrit de loin pour demander son avis, Mgr de Belsunce le souligne dans la lettre de 1732. Notons qu’elle a 18 ans le 29 novembre 1714 et que l’évêque malgré son jeune âge à toute confiance en elle. Sœur Anne-Madeleine continue de recevoir au parloir, écoute, conseille ; elle s’inflige d’impressionnantes mortifications pour prendre sur elle, « les crimes énormes qui se commettent dans Marseille ! ». Ce sont les divergences avec les Jansénistes : discussions sur la Grâce, la prédestination, le rigorisme moral, surtout en matière de confession. Elle a une grande facilité à s’exprimer par ses lettres. Dieu se sert d’elle pour attirer les âmes vers lui. Elle écoute et reçoit les parents des jeunes pensionnaires dont elle a la charge.

C’est à cette époque qu’elle se grave sur sa poitrine le nom de Dieu et sur son bras gauche, un cœur transpercé d’une flèche. Dieu guérit ses violentes migraines ; elle passe des nuits en prières devant le St Sacrement sans prendre aucun repos, porte sous son habit des instruments de pénitence. En 1717, à 20 ans, elle a une vision de la Ste Trinité. Père, Fils et St Esprit la bénissent ; ils lui ouvrent les trésors qu’ils renferment, avec la promesse d’un progrès spirituel constant dans son amour, le Christ la bénit et elle se trouve comme une nouvelle créature. La communauté la soutient ; sa supérieure et l’évêque vont lui permettre de communier tous les jours, ce qui augmente les « ardeurs de son amour ». Pourtant elle traite son corps durement, s’inflige des mortifications corporelles. La nouvelle supérieure met un arrêt à cet engrenage : souffrance et ascèse. Elle lui interdit toutes les austérités. Sœur Rémuzat obéit et reçoit toujours bon nombre de personnes, car l’objet principal de son apostolat est toujours le Sacré-Cœur de Jésus. Elle fonde l’Association de l’Adoration Perpétuelle du Sacré-Cœur en 1718.C’est dans cette maison que culte du Sacré-Cœur a été établi très tôt, un oratoire ayant été édifié en 1691. La fête sera célébrée au monastère des Petites Maries en 1693 et en1695, là où elle vit. Grand essor de cette Association en ville et dans les campagnes.

Mais c’est la grande peste de 1720. Sœur Rémuzat offre ses prières et ses sacrifices. Elle désire ardemment une fête du Sacré-Cœur, car Jésus le lui a demandé, suggéré ! « La miséricorde et non le bras justicier », écrit-elle, même si les circonstances ne le traduisent pas. Tant de morts, presque la moitié de la population de Marseille ! Mgr de Belsunce, les 15 et 16 août 1720 organise une procession en l’honneur de St Roch, saint inti-pesteux par excellence puis, par une ordonnance du 22 octobre 1720, va établir à perpétuité la Fête du Cœur adorable du Jésus et la fixe au premier vendredi de l’octave de la fête du St Sacrement. Le vendredi 1er novembre 1720, en la fête du tous les Saints, il consacre la ville et du diocèse à son Cœur Sacré, les premiers au monde ! Le fléau décline pour reprendre en 1722 ; aussi le 28 mai 1722, les échevins font le vœu d’aller chaque année dans l’église du premier monastère de la visitation des Grandes Maries, pour assister à la messe, communier et offrir un cierge de cire blanche orné de l’écusson de la ville. Sœur Rémusat continue sa vie de religieuse visitandine. Maladies, migraines, quintes de toux sèche, fièvres, crachement de sang, oppression de poitrine. Et pourtant elle garde son « air riant et gracieux ». Mais son esprit est livré à des peines intérieures qu’elle compare certains jours aux tourments du purgatoire ou de l’enfer. Ne sachant quels noms leur donner, elle les appelle : délaissement ! Elle croit que Dieu a résolu sa perte. C’est vrai que les affres de la peste ont dû la contrister avec la perte de son directeur spirituel, le père François Milley. Et pourtant, après sa mort, la Mère de St Innocent déposera qu’elle découvrit sœur Rémuzat en extase, assise, les yeux sur son crucifix, le corps un peu penché, la main droite sur le cœur, le visage riant. A sa voix elle revint à elle mais on fut obligé de la mettre au lit. 1723, au cours de sa retraite, nouvelle vision de la Ste Trinité ; sa disposition intérieure est de ne rien voir « que Dieu seul ». Elle qui avait contacté une alliance avec Jésus, va ainsi passer les dernières années de sa vie. En1724, elle reçoit les stigmates et demande à Jésus que les marques en soient invisibles. Elles ne seront découvertes qu’après sa mort. Devant ses doutes, Jésus lui montre les marques de sa passion qu’il imprime en elle, « avec une lumière ardente qui sortent de ses plaies adorables ». Sera gravée sur son cœur la marque du cœur de Jésus, lors de l’échange mystique des cœurs. 1727 : le vœu d’apôtre et de victime et sa vie durant les trois ans avant sa mort ne furent plus qu’un abîme de douleurs, mais pourtant au cours d’une vision se produit un échange mystique des cœurs.

Dieu lui révèle ses secrets, mais la maladie est là et va l’emporter ; pourtant elle est nommée économe du monastère. 15 février 1730 : à 5 heure du matin, une mort précieuse ; une vie de sainteté. Les religieuses récitent les Litanies du Sacré-Cœur qu’elle avait remaniés et mises en forme. On prélève son cœur. Masque du visage, découverte de ce qui est visible sur son corps. Depuis, plusieurs miracles présumés : guérison de messire Nicolas de Roze ; de plusieurs personnes, des religieuses. On continue de la prier, des rapports médicaux sont déposés et étudiés et plus proche de nous : des guérisons obtenues ! Le procès diocésain fut conclu en 2018. Désormais la Cause est à Rome et nous attendons dans la prière et dans la paix qu’elle soit proposée à la béatification. Quelle grâce se serait pour Marseille, qui fêtera le tricentenaire du vœu des Echevins en juin 2022.

Ouvrage disponible à l’accueil de la Basilique du Sacré-Cœur